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Université de la Terre: Quels rêves, quels projets pour mieux éduquer et mieux transmettre ? #4

Suite et fin de la restitution de la conférence du dimanche 3 avril. Parties précédentes :

Futur font drawing par Chris Radcliff - CC BY-SA 2.0

La parole est ensuite donnée à Fabrice Bardèche, Vice-président Executive de IONIS Education Group, un groupe d’enseignement supérieur privé sponsor de l’évènement. On se rendra vite compte par ailleurs que la raison de sa présence au débat à du être intimement lié à la position même de sponsor de son employeur et non à la profondeur de sa réflexion prospective sur l’éducation. Pas grand chose donc à retirer de son allocution sur l’avenir, sinon le constat d’un présent où les difficultés sont de plus en plus visibles au sein même des grandes écoles. La place de l’élève et du professeur semble évoluer : l’élève dispose de sources d’informations de plus en plus riches, le professeur ne peut plus se placer en garant de l’information, mais doit apprendre à partager le savoir avec ses élèves. Des débats sur l’éthique sont de plus en plus présent également dans l’enseignement supérieur, mais ce vice-président d’école supérieur avouera qu’à son propre avis, les débats sur l’éthique “ne résistent pas au système”. Beaucoup de bruit pour rien. Business as usual.

 

Marc Luyckx Ghisi tentera de secourir à sa manière son camarade de table. A la Renaissance, les monastères, qui étaient le modèle éducatifs du moyen-age n’ont pas étés démolis, nous expliquera-t-il, ils ont continué à perdurer mais la société à construit les nouvelles écoles dont elle avait besoin. Chacun aura compris qui représentait les “monastères” en voie d’archaïsme, et qui s’attachait à bâtir de nouvelles écoles.

Last but not least, le dernier orateur fut Georges Haddad, Directeur de l’équipe de recherche et de prospective dans le domaine de l’éducation à l’UNESCO. Il commence par rappeler la mission de l’UNESCO: “contribuer à la paix en développant les sciences, l’éducation et la culture.” Apprendre c’est aussi apprendre à aimer. Il nous rappelle que dans un monde où vivent des enfants qui se prostituent pour pouvoir recevoir un enseignement, l’éducation est un apprentissage qui commence au sein même de la famille, de la société. Donner le goût et continuer d’apprendre est un acte d’amour. Il citera en exemple son expérience personnelle avec sa mère qui l’attendait tout les soirs à son retour de l’école et lui demandait ce qu’il avait appris. Elle ouvrait son cahier pour prendre des notes et demandait à son fils qui avait été élève pendant la journée de devenir le soir son professeur. Apprendre à apprendre, à aimer, à rêver.

De sa place à l’UNESCO, il avoue avoir l’oreille des différents ministres de l’éducation qui se succèdent. Ces ministres deviennent “fous” et ne sont plus obsédés que par une seule chose : “Comment faire en sorte d’avoir les universités les mieux notées du monde?”. L’élitisme est encore représenté par un savoir haut de gamme, réservé aux “meilleurs”, aux experts. Pour Georges Haddad, toutes les universités sont complémentaires. Les “grandes” comme les “petites”. La force éducative d’un état est la capacité de pouvoir les faire travailler en réseau, de faire circuler les connaissances entres les temples et les chapelles modernes du savoir. Le programme ERASMUS à su favoriser la mobilité universitaire au sein de l’Europe et favoriser l’émergence d’un réseau universitaire européen. La France doit continuer sur cette voie et se placer à la fois sur les plans nationaux et transnationaux : favoriser l’émergence d’un réseau universitaire français décloisonnant les frontières entres grandes écoles et universités de “province” (ce mot même de province est à bannir du vocabulaire politique français) et permettre l’interconnexion des “grands axes” universitaires européens. De manière plus générale, Edgar Morin défend également la création d’universités populaires afin de populariser la pensée complexe, fondement de la pensée du XXIe. Cela va dans le même sens : il n’y à pas de grandes ou de petites universités, toutes doivent travailler au même but, l’éducation pour tous. Les moyens doivent justement êtres mutualisés entre les grands pôles universitaires ouverts généralement sur l’international et les universités plus isolées mais en prise directe avec une réalité bien locale.

Finalement, cette table ronde nous aura permis de vérifier que nous sommes bien aujourd’hui en présence de deux mondes qui cohabitent. Le monde industriel, celui qui réduit pour simplifier, qui sépare pour comprendre. Ce monde qui s’éteint mais qui continue d’éduquer des enfants qui vivrons dans un monde différent. Le monde de la connaissance partagée, de la pluridisciplinarité. Un monde qui promet une place d’avenir pour qui sait aimer et être. Ce monde à déjà commencé. Pour en être il faut assurément que nous lui construisions de nouvelles écoles. Au moment même où l’état semble abandonner sa mission d’éducation auprès des plus faibles, et avouer ainsi son incompréhension du monde qui change, qu’attendons nous pour lui rappeler que l’avenir se construit aujourd’hui dans des écoles pour demain, pour tous ?

Université de la Terre: Quels rêves, quels projets pour mieux éduquer et mieux transmettre ? #3

Suite de la restitution de la conférence du dimanche 3 avril. Parties précédentes :

Passer d’une société de “l’avoir” à celle de “l’être” commence à l’école.

Après avoir travaillé dans une industrie du jeu vidéo qui développe des produits de plus en plus violents, Caroline Sost s’est reconvertie en créant une école primaire alternative : Living School. Au départ un double constat :

  • L’école ne prépare pas aux attitudes essentielles de la vie telles que la confiance en soi ou entretenir de bonnes relations avec les autres.
  • Les défis planétaires de notre époque demandent à ce que l’on introduise de nouvelles matières dans le cursus, mais aussi une nouvelle attitude plus responsable.

La clé de l’enseignement qui y est pratiqué est basé sur l’exemplarité, et cela commence bien entendu par le corps enseignant. C’est pourquoi le personnel enseignant de Living School commence, avant de pratiquer, par suivre une formation sur le développement personnel. Les valeurs qui sont ensuite inculquées sont celles qui permettent de gagner en confiance en soi, de s’affirmer et travailler en bonne entente avec les autres. La valorisation personnelle par exemple va être mise en valeur chaque fin de semaine à l’aide d’un “cahier de réussite”. Chaque vendredi en conseil des éléves, chacun est invité à expliquer ce qu’il à réussi cette semaine et ensuite d’en faire un dessin dans son cahier de réussite. De rouler sans les petites roues du vélo à faire un gâteau au chocolat, toutes les victoires personnelles sont valorisée dans le parcours éducatif.

Maîtriser ses émotions négatives en société commence par apprendre à les reconnaître. Ainsi, un élève énervé perturbant la classe, plutôt que de recevoir une punition humiliante,  sera plutôt invité par l’instituteur à aller se défouler sur le punching-ball présent en fond de classe. Petit à petit les élèves en ressentant le besoin vont aller s’y défouler de leur propre chef comprenant par la même que cette attitude est plus profitable pour tout le monde. Se sentant capable de reconnaître et d’exprimer ses émotions, il va pouvoir affirmer sa confiance en soi. Et quand c’est chez la maîtresse que la nervosité se fait sentir, c’est la classe qui spontanément va l’inviter à aller se défouler 5 minutes.

Apprendre que nous sommes tous des créateurs est un autre des défis de Living School. De la faim dans le monde à l’extinction des bonobos, les enfants ont imaginés des moyens simples et efficaces pour améliorer les choses à leur échelle. Confiants en eux, à l’écoute d’eux même et des autres, créateurs et engagés, les enfants de Living School deviendront assurément des citoyens du monde, des exemples pour leur génération.

Suite et fin de l’article ici.