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Réaction à l’article “J’ai inventé le futur avec les « conspirationnistes positifs »” de Sophie Caillat

La soirée des optimistes j’y étais, et cet article m’a bien déçu.

Cela m’a rappelé quand nous étions avec les indignés sur le pavé parisien et que nous refusions les interviews avec les mass-médias, car nous savions que l’expérience des événements que nous vivions ne serait jamais retranscrite dans les médias, et au contraire serait déformée et utilisée contre nous.

J’ai été déçu en premier lieu car je me rends compte que la journaliste utilise un biais classique pour décrédibiliser un groupe dans la presse et la politique française : faire passer le groupe pour une secte.

Un peu de sémiologie nous permet de constater très rapidement que le champ lexical utilisé n’est pas neutre : on ne peut louper le “Gare au Gourou” dès le surtitre, “ésotérique, augure, guide, prophète, église, messe, ashram”. Un des infra-messages de l’article: vous n’aimez pas les religions et sectes de tout poils? Vous n’aimerez pas les “conspirateurs positifs”.

D’ailleurs, l’expression des “conspirateurs positifs” qui est le titre de l’exposé de Mathieu Baudin a TedxParis, correctement cité par Sophie Caillat dans son article, s’est transformé en “conspirationnistes” dans le titre. Si par hasard vous trouviez que la conspiration pouvait être rigolote prise au second degré, vous prendrez toutes vos précautions intellectuelles avant même de lire un article qui vous emmène chez des “conspirationistes“, qui comme tous les groupes en “-istes”, ne cherchent qu’a vous faire adhérer à leur idéologie, à leur religion.

La bienveillance, principe essentiel pour faire émerger la créativité bien connu des habitués du brainstorming, n’est donc pas de rigueur pour Sophie Caillat quand elle s’en va à la rencontre d’un groupe qu’elle ne connait ni ne comprend pas. Plutôt que de s’interroger elle même sur le décalage entre son univers connu et ce qu’elle perçoit, elle préfére conclure qu’elle se trouve en présence de gentils illuminés (2eme catégorie des sectes. Il y a les dangereux fanatiques et les doux-dingues). Florilège: “un événement aussi loufoque que déconcertant”,”un brin ésotérique”, où “les journalistes sont tellement bienvenus que pour moi l’entrée est libre” (j’aimerai savoir à quelle soirée Sophie Caillat paye encore sa place, avoir une carte de presse donne ces avantages).

Qui dit secte, dit gourou, sinon on n’y croit pas. C’est donc à l’organisateur de la soirée Mathieu Baudin d’endosser le rôle :

“Mais qui est donc ce garçon dont tout le monde me dit simplement : « On l’aime bien » ?” (signe caractéristique des gourous) “Habitué aux ovations, il est le « guide » de la soirée. Une sorte de « prophète sympa »” Il “lance les festivités en vous demandant de fermer les yeux et de marcher « bras devant, jusqu’à ce que vous touchiez votre prochain »”, et comme c’est un gourou, “Tout le monde obéit”. Mieux que ça ” il manie à la baguette les quelques 200 personnes réunies”. Là, c’en est trop pour Sophie Caillat à qui cela “rappelle l’église” où elle à été apparemment traumatisé par “ce moment très particulier de la messe où vous allez faire un bisou à votre voisin”. Sophie n’aime pas les bisous.

Se serait-elle interrogée sur la spontanéité avec laquelle tout le monde s’est prêté au jeu proposé? Qui sont ces gens qui acceptent de se prêter aussi facilement à un jeu qui nécessite et qui propose un climat de bienveillance et de lâcher-prise? Sophie s’en fout, ils sont gouroutisés, et même sûrement un peu bourrés.

On l’aura compris, le monde des optimistes n’est pas le monde de Sophie. Mal traiter un sujet par ignorance, cela arrive (souvent quand il s’agit de prospective). Mais biaiser un article en omettant des informations ou carrément en en introduisant de fausses, cela devient de la malhonnêteté intellectuelle et n’est plus du journalisme.

Il se trouve par exemple que j’étais dans le groupe de travail auquel a assisté la journaliste et que la citation : “On fait un ashram moderne, un lieu autosuffisant. Il nous faut neuf hectares” n’a jamais existé. Durant le brainstorming j’ai personnellement demandé si le projet pouvait s’inscrire dans un ashram, cela a été réfuté en bloc par mes collègues, justement pour le coté religieux. Trop tard, le mot chargé de connotations sectaires sera parfait pour un intertitre. On avait déjà réussi à caser “église” à l’intertitre précédent. Au passage, la journaliste qui a fait la bonne moitié de son papier sur notre groupe de travail ne s’est pas intéressé une seule fois à qui composait le groupe qu’elle observait.

Par contre quand il s’agit de brosser le portrait de celui qui à été identifié comme le leader, l’omission volontaire concourt avec la mauvaise foi: “Avant cela, Mathieu Baudin était dans le réseau des Collèges des hautes études du développement durable (CHEDD).” Un peu qu’il était “dans le réseau”, vu qu’il était le “directeur pédagogique” (Wikipédia) de cet établissement issu de Centrale, de l’ESCP Europe et d’AgroParis Tech. Mais ça, ça fait nettement moins hippie. Selon l’aveu de la journaliste, “ce brainstorming sympathique n’est en réalité qu’une mise en jambes”. Pour une fois je suis d’accord vu que le plus intéressant pour moi s’est passé plus tard “au bistrot, où se dirigent ensuite une partie de l’assemblée”. Mais là encore Sophie Caillat ne s’intéresse ni aux gens qui sont là, ni à ce qui s’y passe. Il aurait été intéressant de savoir qui sont les étudiants de l’IFS par exemple.

Pour ma part tout a été assez imprévisible. En effet, après 5 minutes dans le bar, moi l’activiste indigné, sur le pavé depuis mai 2011, des marches de la Bastille jusqu’à Occupy La Défense, pour dénoncer l’oligarchie financière, je discute dans la bonne humeur avec une jeune femme financière, en formation à l’IFS, qui m’explique passionnément son projet de fond d’investissement. Elle m’explique également qu’elle travaille aussi sur un projet artistique avec une artiste qui suit également la formation. Accélérer les rencontres entre des mondes apparemment lointains, c’est une des réussites de la démarche transversale expérimentée à l’IFS (Instituts des Futurs Souhaitables).

J’ai commencé en disant que cet article m’avait d’abord déçu. A la relecture il m’a énervé, et en lisant les commentaires, cela m’a rappelé à quel point notre société est malade et souffre de la peur de l’autre. Les journalistes ont aussi leur rôle à jouer dans tout ça. Alors s’il vous plaît, Madame Caillat, la prochaine fois que vous vous ennuyez, acceptez-le et n’en profitez pas pour écrire un article.

 
Edit le 28/12/12 à 14:42 : n’étant pas (encore) auteur d’évangile, “Matthieu” est redevenu simple Mathieu.
Edit le 28/12/12 à 15:57 : corrigé les liens
Edit le 28/12/12 à 19:26 : corrigé les fautes (merci Laurelee)