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In Memoriam Franck Biancheri

Je ne peux pas poster un billet de plus sans vous faire part du décès de Franck Biancheri qui avait signé le dernier article de ce blog il y a de cela quelques mois.

Franck Biancheri s’est éteint le 30 octobre 2012. Il était un propectiviste européen convaincu. Il contribua à fonder le programme Erasmus, et deviendra plus tard directeur du Laboratoire d’Anticipation Politique, 1er think tank européen indépendant produisant le Global Europe Anticipation Bulletin, lettre d’anticipation politique lue par des centaines de milliers de décideurs de par le monde. C’est dans le GEAB que sont annoncées dès 2006 les premières alertes sur la crise systémique globale, ainsi que sur les révoltes dans le onde arabe, entres autres.

La vision de Franck Biancheri m’a énormément apporté, notamment autour des enjeux géostratégiques liés à la vieille Europe et à sa place particulière dans le nouveau monde multipolaire d’après 2008.

Fondateur du mouvement Newropeans, ce sera le premier parti politique qui réussira à me  faire prendre une carte et à m’engager à leurs cotés. A travers cette aventure j’ai rencontré des européens engagés, optimistes et progressistes pour qui l’avenir politique de l’Europe est plus que jamais transnational.

Mon seul regret aujourd’hui est de n’avoir pas saisi l’opportunité de mieux connaitre Franck Biancheri. J’aurai également aimé l’interviewer pour aider à transmettre sa vision à sa postérité. Son départ sera pour moi sa dernière leçon.

Un livre d’or est en ligne ici

Franck Biancheri: Courte analyse sur le rôle du trio sondeurs/experts/médias au vu des résultats du 1° tour de cette élection 2012

Par Franck Biancheri, directeur des études du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP). [1]

Pour revenir sur les sondages, et la tentative de prise de contrôle du narratif de l’élection par l’équipe de communication de Sarkozy, on peut constater deux choses. d’une part, les sondages se sont beaucoup trompés ou, à mon avis, ont bien été manipulés dans le sens souhaité par Buisson, le chef comm de Sarko, afin d’éviter l’effondrement de son candidat et l’explosion de l’UMP dès fin Mars : quand on pense que les sondeurs ont vendu un Sarkozy en-tête à près de 30%, une LePen à la traîne à 14%, on peut aujourd’hui voir l’ampleur de la manipulation. En fait, sans cette stratégie visant à faire du vote Sarkozy LE vote utile et celui pour LePen, LE vote inutile, il est probable qu’on aurait eu Sarko et Marine dans un mouchoir de poche autour de 21/22%.

Ensuite, ils nous ont vendu l’abstention pour essayer de faire croire à une démobilisation de l’électorat et donc à l’absence d’une motivation forte de rejet du président sortant. Là encore erreur, ou plutôt mensonge, car il était clair que cette motivation était forte chez les électeurs et avec un résultat sans appel, 74% des Français ont voté contre le président sortant avec 80% de participation (un rejet franc et massif!). Ce qui au passage explique pourquoi il n’y a pas de doute sur la victoire de Hollande au 2° tour quoi qu’essayent d’en dire la cellule comm de l’Elysée.
On a bien assisté à un référendum anti-Sarko, comme LEAP l’anticipait dès Novembre 2010; et la seconde partie de ce référendum aura lieu le 6 mai. La troisième manche sera celle qui va voir le FN démembrer l’UMP par la droite pour les législatives de Juin.
In fine, on peut donc constater que le trio sondeurs/experts/médias parisiens a bien tenté et partiellement réussi de manipuler l’électorat français afin d’essayer d’éviter un effondrement du président sortant dès le 1° tour de cette élection présidentielle. Ils ont échoué sur l’objectif général puisqu’il fait face à un désaveu historique et qu’il n’a aucune chance au second tour. Mais ils ont permis de sauver la face en évitant son élimination dès le 1 tour en minorant fortement le vote FN tout au long de cette campagne et en surévaluant au contraire le vote Sarkozy et le vote du Front de Gauche.
Enfin, en laissant planer la possibilité d’une très forte abstention au 1° tour, ils ont tenté d’affaiblir la dynamique de rejet de Sarkozy qui est le moteur central de cette élection. Après cette élection, il va être temps pour les Français et les différents médias indépendants et forces politiques démocratiques de tirer les leçons de cette situation. Il faut casser ce trio incestueux parisien sondeurs/experts/médias car par un complexe mélange d’incompétence et de corruption, ils constituent une menace sur la démocratie et non pas un atout pour cette dernière!

Franck Biancheri analyse la campagne présidentielle 2012 à travers un compte Twitter créé pour l’occasion: @FBiancheri2012 (Edit 20/02/12 à 17h10)

[1] Né en 1961, Franck Biancheri est le directeur des études du Laboratoire Européen d’Anticipation Politique (LEAP), qui dès Février 2006 avait correctement prévu la ” crise systémique globale ” et qui, depuis cette date, anticipe son évolution via le Global Europe Anticipation Bulletin (GEAB), dont les communiqués publics mensuels traduits dans plus de soixante-dix langues sont lus par plus de dix millions de lecteurs dans le monde.
Il est par ailleurs l’un des pères du programme Erasmus. Au cours des vingts dernières années, ses activités l’ont conduit à apporter son expertise à de nombreux gouvernements et institutions de l’Union européenne ainsi qu’aux Etats-Unis, dans le monde musulman, en Amérique latine et en Asie.
Il est également le président de Newropeans.
DSK, Hollande, etc

“DSK, Hollande, etc” ou la fabrique des candidats vue par Pierre Carles

“DSK, Hollande, etc” le dernier film Pierre Carles sort gratuitement sur internet 2 jours avant le premier tour.
Sévère critique des médias jubilatoire vue à travers la campagne présidentielle, il éclaire sur les stratégies des médias pour “fabriquer” le candidat qui devra s’opposer à Nicolas Sarkozy. On y voit aussi comment les “petits” candidats sont tenus à l’écart et décrédibilisés systématiquement par les éditocrates. Rappelant que le débat sur le système médiatique doit passer au niveau supérieur pour le bien de notre démocratie, c’est aussi la confirmation, dans un contexte de campagne de 1er tour finissante,  que voter pour un “petit” candidat reste l’acte le plus subversif. La version 2 revue et augmentée devrait sortir avant le deuxième tour.

Le site de Pierre Carles avec le film en streaming.
Si vous avez aimé, n’hésitez pas à faire un don en ligne sur son site.

La #frenchrevolution remplit la Bastille avec 3.000 personnes

Communiqué de Presse Démocratie Réelle Maintenant Paris
PARIS 30/05/2011

Entre 2000 et 3000 personnes se sont rassemblées aujourd’hui à la Place de la Bastille en
soutien avec les révoltes en Espagne et d’autres pays qui réclament des démocraties plus
transparentes et ouvertes aux citoyens. Sous une banderole de remerciement à la France
pour son soutien, les participants de la journée se sont retrouvés dans une ambiance festif,
pacifique et revendicatif.

La journée, qui a commencé à 14h00, a connu un vrai succès. Des débats et des concerts ont eu lieu pendant toute la journée et ont été suivis avec un grand intérêt et participation par les personnes présentes. Des activités parallèles comme des ateliers pour enfants ou de réparation de vélos se sont également déroulés avec succès. Une grande “batucada” a mis fin aux débats et a laissé place vers 18h00 à l’Assemblée Générale. Lors de cette Assemblée Générale, perturbé par le refus des forces de l’ordre à permettre l’accès aux personnes qui continuaient à arriver sur la place -malgré l’autorisation préfectorale du rassemblement jusqu’à 20h00-, plusieurs décisions ont été prises. La continuité du mouvement, la date des prochaines réunions des commissions de travail et notamment
la décision de camper dès ce soir à Bastille.

Aux alentours de 21h30, la police a intervenu de façon expéditive pour évacuer le millier de manifestants qui restaient sur place avec des gazes lacrymogènes. A minuit, l’accès aux escaliers de l’Opéra Bastille, lieu de rendez-vous des “indignés” à Paris, continuait bloqué. Cette intervention a provoqué la solidarité des gens de plusieurs villes en Espagne. À Madrid, les gens réunis à la “Puerta del Sol” ont gardé une minute de silence en solidarité avec les “indignés” délogés de Bastille et centaines de personnes se sont rassemblés de façon pacifique devant l’ambassade de France. Des initiatives similaires ont eu lieu à Barcelona, Valence ou Huelva entre autres.

Face à ces évènements, le mouvement a rappelé son caractère pacifique et sa condamnation de toute forme de violence. Il appelle également l’ensemble des citoyens à massifier le mouvement et à continuer de se réunir et discuter pour préparer les prochaines mobilisations.

Démocratie Réelle, un mode d’action d’occupation de l’espace public

Je triche et j’ai le plaisir d’inviter ici Antonin Moulart, qui à l’amabilité de publier ses articles sous licence libre CC-BY 3.0.

Démocratie Réelle, un mode d’action d’occupation de l’espace public

Antonin Moulart, le 22 mai 2011

En AG, le 21 mai au soir vers 21h30

Les citoyens s’émancipent des partis politiques et des syndicats qui ont échoué. La confiance dans ces institutions ultra-organisées, ultra-hiérarchisées et ultra-soumises à la domination économique sur la politique est au plus bas. C’est pourquoi, dans de nombreux pays, les citoyens demandent une constituante.

Beaucoup d’observateurs ne comprennent pas le mode d’action qui est utilisé. Certains qui soutiennent le mouvement se disent souvent déçu de ne pas voir une marée de monde recouvrir la bastilles, d’autres qui tentent de faire échouer le processus démocratique en prétexte que c’est une révolution qui n’est pas clair et qu’il ne peut que y avoir des débordements. Chères amies, chers amis, vous n’avez pas compris.

L’idée n’est pas de faire une manifestation avec beaucoup de monde pendant deux heures et repartir chez soit tranquillement comme le font régulièrement les syndicats de la société du spectacle. Pour ce nouveau mouvement il s’agit d’occuper l’espace public et de provoquer le débat, inviter les gens à descendre la rue pour échanger et construire quelque chose de commun. L’espace public est à nous tous et ce ne sont pas les demandes d’autorisations à la préfecture qui nous arrêteront. Cela se fait progressivement car il ne s’agit pas d’un engagement anodin. Il est nécessaire d’avoir une forte détermination et de souhaiter participer à faire changer les choses. Mais une fois que la détermination est là, rien ne peux arrêter une ferveur révolutionnaire qui se propage.

L’acampada comme l’ appel les Espagnols est un aménagement de l’espace urbain pour favoriser l’échange et le débat démocratique. Il s’agit de nous émanciper des structures syndicales, dont l’action est inefficace, et des partis politiques qui ne cherchent qu’à prendre le pouvoir, même sans idée. En Espagne, il n’est pas rare de voir des bibliothèques aménagés pour l’occasion, des cercles de discussions qui abordent les problèmes des vrais gens et tout un tas d’animation dans un cadre de convivialité, de réflexion et de festivité.

Ces trois premiers jours, malgré que les citoyens qui se sentent concernés par la politique française se soient réappropriés médiatiquement ce mouvement, la réalité sur le terrain a été différente. Ce sont les espagnols qui ont exporté la flamme révolutionnaire et qui l’ont entretenu en nous montrant comment faire pour s’émanciper intelligemment. Désormais, le mouvement est en train de se métisser fortement en France, même si globalement il est déjà Européiste et mondialiste car les acampada fleurissent partout progressivement. Il faut un mouvement du bas vers le haut, du local au global. La coordination global informelle existe déjà par le partage d’information permanent. Serait-on en train d’assister à la première révolution informationaliste ?

Billet paru dans Antonin Moulart - Blog d’un citoyen engagé.

 

#Frenchrevolution: L’appel des indignés parisiens pour une #Démocratieréelle

En écho au mouvement des indignés espagnols qui occupent la Puerta del Sol à Madrid depuis le 15 mai et qui se propage partout en Espagne, des soutiens fleurissent un peu partout en Europe et dans le monde.

A Paris, un premier rassemblement jeudi 19 mai au soir devant l’ambassade d’Espagne à rassemblé une centaine de personnes. Un évènement facebook à annoncé un rassemblement à Paris le vendredi 20 place de la Bastille rassemblant 250 étudiants, travailleurs espagnols et sympathisants français.

Le rassemblement à été reconduit samedi 21 et un campement à été établi sur les marches de l’Opéra Bastille dans la nuit de samedi à dimanche.

Dimanche 22 le rassemblement s’est poursuivi place de la Bastille.

 

Pendant ces 3 jours se sont constitués en assemblée citoyenne différentes commissions de travail et différents textes ont étés rédigés et votés à l’unanimité.

Voici l’appel des indignés parisiens :

Démocratie réelle, maintenant !
Depuis le début de la crise financière en 2008, nos gouvernants ont décidé de mettre à genoux les peuples au lieu de faire payer les banques. Les démocraties européennes ont été séquestrées par les marchés financiers internationaux. Nous sommes pris à la gorge par les plans d’austérité qui se multiplient partout en Europe. Le chômage a explosé et plonge dans la précarité et la misère des millions de personnes. La crise touche tout le monde. En France, alors que les profits du CAC 40 ont doublé, le chômage des jeunes atteint 25 %. En Espagne, c’est 40 % des moins de 35 ans qui sont sans emploi.
Face à cela, le peuple espagnol s’est soulevé. Depuis le 15 Mai, ce sont des dizaines de milliers d’espagnols qui occupent les places jour et nuit. Le mouvement Democracia Real Ya ! (Une démocratie réelle maintenant !) s’organise autour de deux axes de revendications : régénération démocratique du système politique et défense d’une politique sociale. Il s’agit d’une véritable mobilisation citoyenne totalement indépendante et autogérée.
Suite aux rassemblement de solidarité organisés par les Espagnols résidant en France, nous citoyens nous reconnaissons dans les aspirations du peuple Espagnol. Nous appelons chacun à devenir acteur de cette dynamique de changement. La révolte des pays arabes a traversé la Méditerranée. Le réveil du peuple espagnol envoie un message clair à tous les européens, à nous de saisir cette opportunité.
Face à cette oligarchie politique qui détient tous les pouvoirs, revendiquons la convocation d’une Assemblée Constituante pour rappeler à nos gouvernants que le seul souverain, c’est le peuple !Face à la poignée d’ultra riches qui parasitent notre société, exigeons une nouvelle répartition des richesses !
Nous appelons donc partout en France à l’organisation de rassemblements et d’occupations pacifiques des places publiques. C’est en nous réappropriant l’espace public que nous déciderons ensemble des revendications et des moyens d’action (culturels, artistiques, politiques et citoyens).

La seule limite à l’exploitation, c’est la résistance à l’exploitation !
Voté à l’unanimité par l’Assemblée Générale de Paris,Place de la Bastille,Dimanche 22 Mai 2010

http://reelledemocratie.com/

Sur place l’exercice démocratique est exemplaire. En effet, les délibérations se font à l’espagnole avec un “esprit français” : des tours de paroles, beaucoup de discussion, un minimum de votes, l’objectif étant d’obtenir le consensus et non l’avis du plus grand nombre.

Il a été ainsi décidé dimanche soir d’organiser un rendez-vous quotidien à 19h place de la Bastille et une manifestation au même endroit dimanche 29 mai à 14h. L’objectif et de mobiliser suffisamment de personnes pour occuper la place de la Bastille et créer ainsi une zone d’autonomie temporaire pour définir un projet politique populaire.

Indignés de tous poils, si vous souhaitez expérimenter un moment de démocratie réelle caliente, rejoignez l’acampada Parisienne ou la plus proche de chez vous.

La page d’acampada paris: http://www.acampadaparis.com/

La page du mouvement français: http://reelledemocratie.com/

La page facebook du mouvement français: http://www.facebook.com/reelle.democratie.maintenant

La carte des rassemblements dans le monde: http://www.thetechnoant.info/campmap/

Quote le blog d’Antonin Moulart:

Pour rester au courant du mouvement, branchez vous sur twitter :

Photo par Desazkundea - CC BY-NC 2.0

DSK, MST et DTS

Je l’ai appris sur Facebook. Ce matin. Un statut indiquait :

MDR:DSK=MST

Suivi d’un lien vers une vidéo France 24 avec des incrustations de chiens.

DSK à été arrêté ce matin dans un avion prêt à décoller vers la France après avoir quitté un hotel où une femme du personnel l’y accuse d’agression sexuelle. La cavale en col blanc qui se termine dans un fauteuil 1ère classe sur tarmac américain, l’imaginaire collectif français viens de réaliser que oui, le PS il avait bien changé, mais que sur les fondamentaux, l’histoire des français à l’étranger reste bien gauloise.

Ma journée de travail dominical ressembla finalement à beaucoup d’autres journées de travail dominical, si ce n’est que les réseaux sociaux développaient une timeline particulièrement #bistougate. Dehors, il faisait beau, mais un petit vent frais agaçant venait de décevoir la promesse d’un été auquel on croyait presque.

Ça fait partie de ce genre d’évènements sur lesquels je n’ai l’envie pressante d’en développer une opinion. On sent tout de suite que tous les ingrédients qui composent la tragédie ménagère de classe internationale sont réunis. Alors, avant d’analyser l’imbroglio de boulevard qui vient d’être joué, à quel moment du scénario international ce rebondissement intervient-il et quelles peuvent en être les conséquences?

L’esprit échauffé et profitant de la compagnie nocturne de mon laptop une dernière fois, je me laisse tout de même glisser vers une dépêche RFI faisant un compte rendu sur place.

N’a rien dit, peut sortir demain contre une caution, interdiction possible de quitter le territoire étasunien. Le Washington Post et le Wall Street Journal pronostiquent qu’il va être compliqué pour l’Europe de défendre sa dette devant le FMI.

Le futur-ex-président français viens de tomber. Tout à été dit, ou presque, sur l’impact possible d’une telle affaire à la veille des élections présidentielle française. Les médias et la classe politique parisienne ont une fois de plus brillé par leur capacité à garder leur calme dans les moments de drame. Sûrement que ça serait plus facile si on était japonais.

Il est tout de même intéressant de regarder maintenant l’information distillée au niveau international pour le même évènement.

Le patron du FMI peut être assigné à résidence.

Pas de passeport diplomatique pour le représentant d’une des institutions les plus courtisées par les nations les plus commerciales. A la veille du G8/G20 le plus important de la décennie, organisé sur le territoire français, la première analyse qui filtre des médias de référence américains est : l’Europe voit son influence se réduire et sa dette se fragiliser. Trop drôle.

Au moment même où l’attention des médias internationaux commence enfin à se concentrer sur la dette américaine, ce pays qui est en train de voir la confiance internationale s’envoler continue de vouloir détourner l’attention sur ses partenaires européens.

Car la dette d’un pays, comme toutes les dettes ne sont un problème que lorsque la confiance envers la capacité de ce pays à rembourser diminue. Alors que le risque de crise de confiance envers les dettes US et UK est connu depuis longtemps par les analystes financiers, il est intéressant de voir que les rumeurs qui ont conduit à la crise grecque sont parties des journaux de références de Londres et Washington tout de suite après les premières menaces de dégradation des notes US et UK. Il n’y aura que les esprits mesquins pour y trouver un lien de cause à effet: pendant que l’on s’intéresse aux “crises” européennes, on ne parle pas des véritables dettes explosives mondiales.

A un moment où la Russie, la Chine, L’Inde le Brésil et les autres grands pôles économiques militent pour une sortie du système Dollar, autour de la table des négociations, il n’y aura guerre plus que l’Europe pour défendre l’intérêt des Etat-Unis.

Edit : 16/05/2001 11h00

Au moment où l’Europe devrait parler d’une seule voix et arbitrer la réforme du système économique mondial entre les pays du sud et les US, on constate la rapidité de réaction des médias américains quand il s’agit d’essayer de saper la confiance envers l’Europe.

Avec très probablement autant de chance de réussir que le sommet de Copenhague, le G20 de cette année sera décisif, le monde jugera l’Europe à sa capacité à s’unir politiquement pour contrer un empire finissant et faire enfin une place aux pays du sud.

 

 

Université de la Terre: Quels rêves, quels projets pour mieux éduquer et mieux transmettre ? #4

Suite et fin de la restitution de la conférence du dimanche 3 avril. Parties précédentes :

Futur font drawing par Chris Radcliff - CC BY-SA 2.0

La parole est ensuite donnée à Fabrice Bardèche, Vice-président Executive de IONIS Education Group, un groupe d’enseignement supérieur privé sponsor de l’évènement. On se rendra vite compte par ailleurs que la raison de sa présence au débat à du être intimement lié à la position même de sponsor de son employeur et non à la profondeur de sa réflexion prospective sur l’éducation. Pas grand chose donc à retirer de son allocution sur l’avenir, sinon le constat d’un présent où les difficultés sont de plus en plus visibles au sein même des grandes écoles. La place de l’élève et du professeur semble évoluer : l’élève dispose de sources d’informations de plus en plus riches, le professeur ne peut plus se placer en garant de l’information, mais doit apprendre à partager le savoir avec ses élèves. Des débats sur l’éthique sont de plus en plus présent également dans l’enseignement supérieur, mais ce vice-président d’école supérieur avouera qu’à son propre avis, les débats sur l’éthique “ne résistent pas au système”. Beaucoup de bruit pour rien. Business as usual.

 

Marc Luyckx Ghisi tentera de secourir à sa manière son camarade de table. A la Renaissance, les monastères, qui étaient le modèle éducatifs du moyen-age n’ont pas étés démolis, nous expliquera-t-il, ils ont continué à perdurer mais la société à construit les nouvelles écoles dont elle avait besoin. Chacun aura compris qui représentait les “monastères” en voie d’archaïsme, et qui s’attachait à bâtir de nouvelles écoles.

Last but not least, le dernier orateur fut Georges Haddad, Directeur de l’équipe de recherche et de prospective dans le domaine de l’éducation à l’UNESCO. Il commence par rappeler la mission de l’UNESCO: “contribuer à la paix en développant les sciences, l’éducation et la culture.” Apprendre c’est aussi apprendre à aimer. Il nous rappelle que dans un monde où vivent des enfants qui se prostituent pour pouvoir recevoir un enseignement, l’éducation est un apprentissage qui commence au sein même de la famille, de la société. Donner le goût et continuer d’apprendre est un acte d’amour. Il citera en exemple son expérience personnelle avec sa mère qui l’attendait tout les soirs à son retour de l’école et lui demandait ce qu’il avait appris. Elle ouvrait son cahier pour prendre des notes et demandait à son fils qui avait été élève pendant la journée de devenir le soir son professeur. Apprendre à apprendre, à aimer, à rêver.

De sa place à l’UNESCO, il avoue avoir l’oreille des différents ministres de l’éducation qui se succèdent. Ces ministres deviennent “fous” et ne sont plus obsédés que par une seule chose : “Comment faire en sorte d’avoir les universités les mieux notées du monde?”. L’élitisme est encore représenté par un savoir haut de gamme, réservé aux “meilleurs”, aux experts. Pour Georges Haddad, toutes les universités sont complémentaires. Les “grandes” comme les “petites”. La force éducative d’un état est la capacité de pouvoir les faire travailler en réseau, de faire circuler les connaissances entres les temples et les chapelles modernes du savoir. Le programme ERASMUS à su favoriser la mobilité universitaire au sein de l’Europe et favoriser l’émergence d’un réseau universitaire européen. La France doit continuer sur cette voie et se placer à la fois sur les plans nationaux et transnationaux : favoriser l’émergence d’un réseau universitaire français décloisonnant les frontières entres grandes écoles et universités de “province” (ce mot même de province est à bannir du vocabulaire politique français) et permettre l’interconnexion des “grands axes” universitaires européens. De manière plus générale, Edgar Morin défend également la création d’universités populaires afin de populariser la pensée complexe, fondement de la pensée du XXIe. Cela va dans le même sens : il n’y à pas de grandes ou de petites universités, toutes doivent travailler au même but, l’éducation pour tous. Les moyens doivent justement êtres mutualisés entre les grands pôles universitaires ouverts généralement sur l’international et les universités plus isolées mais en prise directe avec une réalité bien locale.

Finalement, cette table ronde nous aura permis de vérifier que nous sommes bien aujourd’hui en présence de deux mondes qui cohabitent. Le monde industriel, celui qui réduit pour simplifier, qui sépare pour comprendre. Ce monde qui s’éteint mais qui continue d’éduquer des enfants qui vivrons dans un monde différent. Le monde de la connaissance partagée, de la pluridisciplinarité. Un monde qui promet une place d’avenir pour qui sait aimer et être. Ce monde à déjà commencé. Pour en être il faut assurément que nous lui construisions de nouvelles écoles. Au moment même où l’état semble abandonner sa mission d’éducation auprès des plus faibles, et avouer ainsi son incompréhension du monde qui change, qu’attendons nous pour lui rappeler que l’avenir se construit aujourd’hui dans des écoles pour demain, pour tous ?

Université de la Terre: Quels rêves, quels projets pour mieux éduquer et mieux transmettre ? #3

Suite de la restitution de la conférence du dimanche 3 avril. Parties précédentes :

Passer d’une société de “l’avoir” à celle de “l’être” commence à l’école.

Après avoir travaillé dans une industrie du jeu vidéo qui développe des produits de plus en plus violents, Caroline Sost s’est reconvertie en créant une école primaire alternative : Living School. Au départ un double constat :

  • L’école ne prépare pas aux attitudes essentielles de la vie telles que la confiance en soi ou entretenir de bonnes relations avec les autres.
  • Les défis planétaires de notre époque demandent à ce que l’on introduise de nouvelles matières dans le cursus, mais aussi une nouvelle attitude plus responsable.

La clé de l’enseignement qui y est pratiqué est basé sur l’exemplarité, et cela commence bien entendu par le corps enseignant. C’est pourquoi le personnel enseignant de Living School commence, avant de pratiquer, par suivre une formation sur le développement personnel. Les valeurs qui sont ensuite inculquées sont celles qui permettent de gagner en confiance en soi, de s’affirmer et travailler en bonne entente avec les autres. La valorisation personnelle par exemple va être mise en valeur chaque fin de semaine à l’aide d’un “cahier de réussite”. Chaque vendredi en conseil des éléves, chacun est invité à expliquer ce qu’il à réussi cette semaine et ensuite d’en faire un dessin dans son cahier de réussite. De rouler sans les petites roues du vélo à faire un gâteau au chocolat, toutes les victoires personnelles sont valorisée dans le parcours éducatif.

Maîtriser ses émotions négatives en société commence par apprendre à les reconnaître. Ainsi, un élève énervé perturbant la classe, plutôt que de recevoir une punition humiliante,  sera plutôt invité par l’instituteur à aller se défouler sur le punching-ball présent en fond de classe. Petit à petit les élèves en ressentant le besoin vont aller s’y défouler de leur propre chef comprenant par la même que cette attitude est plus profitable pour tout le monde. Se sentant capable de reconnaître et d’exprimer ses émotions, il va pouvoir affirmer sa confiance en soi. Et quand c’est chez la maîtresse que la nervosité se fait sentir, c’est la classe qui spontanément va l’inviter à aller se défouler 5 minutes.

Apprendre que nous sommes tous des créateurs est un autre des défis de Living School. De la faim dans le monde à l’extinction des bonobos, les enfants ont imaginés des moyens simples et efficaces pour améliorer les choses à leur échelle. Confiants en eux, à l’écoute d’eux même et des autres, créateurs et engagés, les enfants de Living School deviendront assurément des citoyens du monde, des exemples pour leur génération.

Suite et fin de l’article ici.

Université de la Terre: Quels rêves, quels projets pour mieux éduquer et mieux transmettre ? #2

Cet article est la suite du compte-rendu de la conférence dont l’introduction se trouve ici.

 

Plus besoin de spécialistes, mais de généralistes “sages”

L’ouverture de la discussion est confié à Marc Luyckx Ghisi qui commence tout d’abord par se présenter. Ce monsieur grisonnant à l’accent belge et jovial aime à dire qu’il à eu 3 vies : sa première vie de prêtre catholique et docteur en Théologie russe et grecque lui plaisait énormément mais “s’est arrêtée le jour de son mariage” (sic). Il fut ensuite membre de la “Cellule de prospective” de la Commission européenne à Bruxelles, fondée par Jacques Delors, puis auteur et vice président de Business Schools innovantes. Marc Luyckx Ghisi commence par rappeler que nous sommes au début de l’ère post-industrielle et que le système éducatif continue de former les jeunes pour travailler dans une société industrielle en déclin. Consultant pour des grands comptes de l’innovation comme IBM, SAP ou Nokia, il nous donne le regard de ces grandes entreprises sur les diplômés de grandes écoles : trop spécialisés. Dans un écosystème professionnel où tous les métiers sont encore à inventer, leur intégration dans l’entreprise passe par 6 mois de “désapprentissage” puis 6 autres mois de formation pour sortir de la vision spécialisée et adopter une vision globale, transversale, créative. Ce travail devrait être pris en charge de manière beaucoup plus efficace et profonde par les écoles elles mêmes dans le parcours éducatif. Les entreprises n’ont plus besoin de spécialistes, mais de généralistes “sages” (with wisdom). Selon Marc Luyckx Ghisi, les leaders de demain devront être capables:

  • de continuer à apprendre : dans une société en perpétuelle réorganisation, les gagnants seront ceux qui savent s’adapter et adapter leur bagage de connaissance aux besoins nouveaux de l’entreprise.
  • de transmettre, d’expliquer ce qu’ils savent : le meilleur moyen de vérifier que l’on à bien appris est de transmettre aux autres. Un apprentissage constant va de pair avec une restitution continue.
  • d’inventer 5 métiers dans leur carrière : là encore, dans un écosystème professionnel mouvant, l’opportunité de carrière est synonyme d’innovation professionnelle.
  • d’évolution intérieure : tendre vers la sagesse est un atout déterminant quand il s’agit de faire des choix innovants qui vont impacter le système entier de l’entreprise et de la société dans laquelle elle s’inscrit.
  • d’aimer : au sens Teilhardien du terme, c’est à dire l’amour qui sert d’énergie de coopération dans la noosphère, la sphère des idées. C’est l’énergie qui a été nécessaire par exemple pour pouvoir écrire les 15 millions d’articles en 263 langues du projet Wikipedia en 10 ans. Je reviendrai dans ce blog sur Teilhard de Chardin et sa contribution majeure à la pensée contemporaine.

Ce changement d’ère est aussi radical que silencieux. En Europe aujourd’hui 41% de l’économie relève de l’économie de l’immatériel et de la connaissance. Et ce chiffre est en constante progression, d’ici les 2 ans qui viennent il aura vraisemblablement dépassé les 50%. Cela annonce la fin de l’ère industrielle, nous sommes déjà entrés dans la société post-industrielle et post-capitaliste, l’ére de l’industrie de la connaissance et de l’immatériel.

"Factory for sale" par Kevin Dooley, license Creative Commons CC BY 2.0

L’usine “industrielle” est basée autour de la machine. On alimente la machine avec une matière première et on obtient un produit fabriqué en masse. La qualité du produit est fonction de la qualité de la machine. On crée de la valeur en transformant de la matière. C’est le monde de la propriété privée, où l’information se vend et se négocie. C’est le monde de l’espionnage industriel[1]. Dans ce monde l’être humain est là pour entretenir la machine, il remplaçable tant qu’on à des gens qui peuvent la faire tourner.

“L’usine” de la connaissance quand à elle est faite de cerveaux reliés en réseau. Des hommes qui créent de la valeur en ajoutant de la connaissance à de la connaissance. La qualité du produit est fonction du nombre des participants. On crée de la valeur en mutualisant du savoir pour créer quelque chose de plus. C’est le monde du partage, où on peut donner sans perdre ce que l’on a au départ et créer quelque chose qui vaut plus que la somme des éléments de départ. Dans ce monde IBM et SAP décident de partager leur ressources de recherche et développement. C’est le monde de Wikipédia : si un contributeur crée de la connaissance en ajoutant un article, quand un autre contributeur grâce à sa connaissance le traduit en anglais, il donne de la valeur supplémentaire à Wikipédia. C’est le mode de production du logiciel libre, mais également de Google, Facebook, etc.

Carte d'Internet

"Internet Splat Map" de Steve Jurvetson, licence Creative Commons CC BY 2.0

Evidemment ce nouveau mode de production n’est qu’un outil, qui peut être utilisé dans le bon sens comme dans le mauvais. Quand on parle d’esprit humain en tant que matière première d’une machine globale, nos auteurs de science fiction nous ont déjà alerté sur les inquiétantes dérives possibles. Ceci étant, regardons comment cette révolution silencieuse impacte notre système.

Aujourd’hui quand vous allez représenter une entreprise en Bourse, nous avoue Marc Luyckx Ghisi, les traders vous posent tous la même question: “Quel est votre capital immatériel?”. Le capital immatériel représente la valeur de connaissance engrangée par l’entreprise mais aussi l’impact de l’entreprise dans son système. Impact positif, la valeur monte, impact négatif, la valeur descend. En gros, si il est avéré que votre entreprise nuit au développement durable, cela va influer négativement sur les décision d’achat de l’action et augmenter les ventes. Aujourd’hui les traders font ça au pifomètre, mais ils ont besoin de nouveaux indicateurs permettant de mesurer le capital immatériel d’une organisation et d’y inclure par exemple la responsabilité sociale des entreprises. Là encore, des milliers de métiers à inventer rien que pour le secteur financier de l’immatériel. Dans un monde où les moyens de productions sont les cerveaux, sans qui les ordinateurs et les câbles ne sauraient rien faire, s’occuper du bien être des moyens de production sera une valeur ajoutée pour le système. Aussi incroyable que cela puisse paraître, en intégrant la valeur immatérielle des organisations, la Bourse est en train de devenir un des instruments de mesure et des régulateur de l’écosystème. Dans ce monde le système économique est en train de devenir un réseau d’énergie relié à l’écosystème, à qui allons nous confier ce système?

Marc Luyckx Ghisi s’est adressé directement aux étudiants de la salle en leur disant que pour eux tout cela était beaucoup plus intuitif que pour la génération précédente, qu’ils comprenaient déjà les rouages de ce nouveau système, les invitants à prendre l’initiative, à condition qu’ils soient capables de poésie, du sens du sacré, de joie.

Marc Luyckx Ghisi est aussi vice-président du Conseil Consultatif International d’Auroville et parlera brièvement de cette expérience. Auroville est une communauté autonome indienne qui a pour vocation d’être « le lieu d’une vie communautaire universelle, où hommes et femmes apprendraient à vivre en paix, dans une parfaite harmonie, au-delà de toutes croyances, opinions politiques et nationalités ». D’abord intrigué et méfiant, craignant de tomber sur une secte, il revient enchanté et témoigne de la qualité de l’enseignement qui est dispensé là bas. Un enseignement où le développement de l’âme y-est prioritaire sur l’accumulation de connaissance. Laboratoire du futur, expérience folle commencée il y a 40 ans, la nouvelle génération aurovillienne à déjà donné naissance à une somme de projets ultra innovants alliant nouvelles technologies et responsabilité planétaire. En s’inspirant de l’exemple d’Auroville, comment intégrer les savoir-êtres au centre de notre système éducatif occidental?

Fin de la deuxième partie, la suite ici.
Notes:
[1] : Une histoire d’espionnage industriel du XXe autour des métiers à tisser de la dentelle de Calais convoités par les chinois. http://www.lepoint.fr/actualites-societe/2007-01-17/dentelle-de-calais-menace-chinoise/920/0/13564